mardi 30 septembre 2014

«François Hollande», insulte la plus utilisée par les Français en 2014


Social Democrats Hold Annual Federal Party Congress
Le sondage est tombé tout à l’heure. Sans surprise, c’est le terme « François Hollande» qui est en tête du classement des insultes les plus utilisées par les Français en 2014. L’insulte « François Hollande » écrase complètement la concurrence, puisque 80% des sondés la placent en tête, devant «Boloss» (11%), «Stagiaire» (5%) et «Huissier de justice» (4%).
Pierre Bastillet est un fervent adepte de l’insulte « François Hollande ». Ce parisien de 32 ans, journaliste au figaro, dit employer la formule entre quinze et vingt fois par jours. « C’est pour se vanner entre collègues. Faut bien qu’on rigole » explique-t-il avant d’ajouter une mise en garde. « Attention, ce n’est pas non plus un terme qu’on peut employer avec le premier venu. Ça reste quand même très péjoratif » lance-t-il.
L’insulte ultime
Pour Pierre Bastillet, l’insulte préférée des français peut même s’utiliser en plusieurs déclinaisons, permettant de s’adapter selon le contexte. « Espèce de gros François Hollande », « Hollandais », « Tu as mangé François Hollande ce matin ». Selon lui, le nombre de combinaisons est infini. « Presque tout fonctionne, il suffit d’ajouter le terme « François Hollande » pour que la phrase prenne son caractère offensant » soutient-il.
Le terme « François Hollande » qui serait prononcé en moyenne toutes les quatre secondes sur le territoire national pourrait même faire sont apparition dans les dictionnaires du côté… des noms communs ! Une information que ne dément pas Estelle Cougot, qui travaille aux Éditions Larousse. « Nous serions un belle bande de « François Hollande » de ne pas le faire » répond-elle avec humour.


vendredi 26 septembre 2014

L’interview Beauté d’Abou Bakr Al-Baghdadi, chef de l’état islamique

L’interview Beauté d’Abou Bakr Al-Baghdadi, chef de l’état islamique 

Abu-Bakr-al-Baghdadi
Propulsé sous les projecteurs du monde entier depuis ces derniers mois, le terroriste, qui n’a pas dit son dernier mot, s’ouvre un peu pour le Gorafi et montre la beauté soignée mais naturelle qu’il entretient tous les jours.
Que faites-vous pour garder la forme ?


J’adore faire du Parkour, cette discipline qui consiste à franchir des obstacles en milieu urbain. Sinon je surveille scrupuleusement mon alimentation. Beaucoup de Quinoa, de surimi. Mais surtout j’évite le porc !
Vous avez des petits secrets bien à vous ?


Oui mais je ne peux évidemment pas vous les révéler. Allez…Je peux quand même vous dire qu’une fois par semaine je me fais un masque intégral à la muqueuse de jument. Ca aère la peau et redonne un teint de bébé. Idéal avant les soirées entre frères.
Une odeur qui vous rappelle votre enfance ?


Le cuir sans hésiter. Celui du martinet qu’utilisait mon père sur moi et mes frères quand on osait le regarder dans les yeux. Dès que je sens un cuir, ça me rappelle instantanément sa main ferme et ses cris paternels.
La mode, les défilés, vous suivez un peu ?


Avant je ne faisais que ça. Mais depuis que ces chiens de l’Occident ont décidé d’avoir ma peau je n’ai plus une minute à moi. Dernièrement j’ai juste suivi les dernières nouveautés de Dior. Comme toujours c’est très élégant mais pas vraiment adapté au climat irakien ou syrien.
Que pensez-vous des Français ?


Au delà du fait qu’il devront tôt ou tard se soumettre à Allah, je suis tout de même admiratif de leur libre pensée en matière de beauté. Ce sont les premiers à essayer de nouvelles choses mais toujours avec élégance. En fait j’aurais adoré être un djihadiste français !
Le style Abou Bakr Al-Baghdadi de tous les jours, c’est quoi ?


De la simplicité avant tout. Un survêtement Sergio Tacchini, une paire de Ray-Ban et une ou deux Rolex au poignet. Pour les sous-vêtements, la plupart du temps je n’en porte pas; j’aime sentir l’air caresser mon entrejambe.
Votre définition du charme ?

Savoir menacer de mort des milliers de personnes tout en restant minimaliste. Arriver à ce que la personne en face se dise « Cet homme veut ma tête mais je lui donne volontiers tellement son charisme est évident ».


Pour en finir avec l'euro

Jacques Myard : "Soit chacun retrouve sa monnaie, soit l’Allemagne décide de sortir de l’euro"

Selon le député UMP, la première puissance économique européenne fausse la capacité de la monnaie unique d'être un outil efficace. La seule solution valable pour préserver la zone euro serait que l'Allemagne retourne au mark.

Atlantico : Selon vous, la solution la plus plausible pour maintenir la zone euro serait que l'Allemagne en sorte. Mais la zone euro peut-elle avoir une pertinence sur la scène monétaire internationale sans sa principale puissance économique ?

Jacques Myard : 
Une union monétaire, c’est un ensemble d’économies gérées par la même monnaie. En l’occurrence la zone euro ne gère pas des économies ayant la même capacité, la même puissance. Dans ces conditions, une union monétaire qui n’est pas une zone économique optimale aboutit tôt ou tard, pour pouvoir survivre, à ce que l’on appelle une "union de transfert". Dans le cas de la zone euro, l’Allemagne est l’économie dominante et face au déficit de balance des paiements des autres pays de la zone, elle a imposé une purge budgétaire pour réduire les dépenses et rééquilibrer les comptes.

Bruxelles, Francfort et Berlin ont confondu les causes et les conséquences. Le problème des pays de la zone euro n’est pas tant le déficit budgétaire, que la perte de compétitivité à l’international dans la zone et hors la zone. Aujourd’hui, refusant d’aider par des transferts les pays faibles, l’Allemagne se fonde sur le traité de stabilité budgétaire pour ne pas avoir à payer. Elle étrangle ainsi les économies du Sud, et même la France, ce qui ne peut pas durer.

L'Allemagne de son côté a-t-elle vraiment intérêt à retourner, seule, à sa monnaie nationale ? Qu'est-ce qui pourrait la convaincre de sortir de la zone euro ?

La zone euro a profité à l’Allemagne puisqu’elle vend ses produits avec une compétitivité supérieure. Mais cette période risque fort de se terminer car les pays de la zone euro vont diminuer leurs achats à l’économie allemande. On le constate déjà, il y a une baisse de la croissance et la déflation risque de gagner l’Allemagne. Si la zone euro a profité à l’Allemagne, cette dernière risque d’être confrontée aux difficultés des autres pays. Dans ces conditions, la seule solution pour avoir une politique monétaire adaptée est une baisse forte de l’euro (environ 20 à 25 %). Soit on démonte tout le système et chacun retrouve sa monnaie, soit l’Allemagne décide de sortir, ce qui réévaluera sa monnaie. Dans ce dernier cas on se retrouverait avec un mark et une zone euro. On aurait alors la même relation entre la France et la Grèce que celle qui existe entre l’Allemagne et le reste de la zone euro aujourd’hui.

En revanche, si par les moyens proposés par Mario Draghi, on obtient une baisse de l’euro dans le système actuel, certes la France va en bénéficier, mais l’Allemagne encore davantage. Plus l’euro baisse, plus l’Allemagne devient compétitive au niveau international. Ce n’est pas approprié car on revient à la case départ avec une Allemagne qui cumule les surplus... ce qui fera remonter l’euro.

Si l'Allemagne ne sort pas de l'euro, et si la zone euro continue sur sa dynamique, cela deviendra intenable pour des pays comme l'Espagne, la Grèce ou le Portugal. Mais pourquoi ne serait-ce pas plus efficace de faire sortir ces pays-là de la zone euro plutôt que l'Allemagne ?

De toute façon, à partir du moment où quelques Etats sortiront de la zone euro, cette zone sera en danger. Mais quand on pose la question politique de la sortie de l’Allemagne, on rappelle au moins à celle-ci qu’elle faillit sur ses responsabilités, et on lui dit très clairement que c’est elle qui actuellement est fautive en refusant les transferts pour les zones faibles.

Faire sortir l'Allemagne de la zone euro, n'est-ce pas l'aveu que la convergence des économies européennes est impossible ? Ne vaudrait-il pas mieux tendre vers cet objectif ?

C’est évident que la convergence est impossible ! La monnaie unique est un slogan politique et une aberration économique. La convergence est devenue un dogme religieux. Or, on ne fait pas vivre dans une union monétaire des économies divergentes qui n’ont pas du tout le même potentiel. J’avais dit un jour à Jean-Claude Trichet à propos de l’euro qu’il s’agissait "d’une monnaie parfaite, pour un monde parfait qui n’existe pas". Avec la zone euro nous n’avons plus la maîtrise interne et externe du change et on a abandonné la maîtrise budgétaire au nom des critères de Maastricht, en interdisant aux banques centrales de faire des avances directes aux Etats, ce que font la FED. On a accru d’une manière gigantesque les dettes. Mario Draghi envisage maintenant l’assouplissement de la création monétaire pour les Etats par l’achat direct des OAT. Mais il est sans doute déjà trop tard. Il faudrait envisager aussi que les banques centrales puissent faire des avances directes pour l’investissement, chose impossible aujourd’hui compte tenu de la perte de compétitivité de nos entreprises et d’une fiscalité qui chasse l’épargne des Français. Ajoutez donc à cela une monnaie inadaptée et une absence de réciprocité dans les échanges européens, cela commence à faire beaucoup...

J. Myard

« La solution aux malheurs de l'Italie est très simple : sortir de l'euro !… »

Non, non, ne me fusillez pas tout de suite en me disant que je suis très pessimiste avec un titre comme celui-là. Il n’est pas de moi… je suis innocent (pour une fois) ! C’est un article du toujours excellent quotidien The Telegraph à Londres. À un moment, j’ai espéré que la perfide Albion soit démantelée, mais le royaume de sa très vieille majesté tient toujours debout. En attendant, du coup, leur effondrement à eux, rien n’empêche donc nos amis anglais de parler un peu des problèmes des autres.

Mais où est donc passée la 7e compagnie ?

Au moment où nous parlons, l’attention est focalisée sur les difficultés de la France, d’autant plus que Manu (Valls) est allé voir Merkel et le patronat allemand pour leur expliquer « icheulibeudischee petite entreprize allemande » et « je vé faire ein grosse réformeu »… Bon, je concède que ma maîtrise de la langue de Goethe reste modeste.
Bref, la France ci, la France ça, la France et sa Tour Eiffel, ses dettes, ses déficits, son taux de croissance miteux, son chômage pléthorique et tout le tintouin. Mais il y a pire que nous (si, si, je vous assure c’est possible), et ce pire se nomme « Italie ».
Attention, je précise que je ne suis pas italophobe. J’aime les Italiens (surtout les Italiennes, quoi qu’en dise la théorie du genre qui n’existe pas), j’ai découvert avec ravissement Rome et quelques autres coins assez spectaculaires de ce grand pays qu’est l’Italie, mais après les compliments d’usage, force est de constater qu’en termes économiques chez eux… la situation est digne d’une pizza trop cuite (chez nous ce sont les carottes qui sont cuites mais cela revient au même).

Enrico Letta… « le magicien »

Vous vous souvenez de ce type, oui jeune, très jeune, c’est un peu le Macron italien sauf que lui, il est Premier ministre là-bas. Bon, il nous a été vendu comme étant la solution à tous les maux de l’Italie, qu’il allait réussir à faire de la relance et de la rigueur simultanément et patati et patata… Et boom ! Patatras… évidemment. D’ailleurs, c’était prévisible. J’en profite pour vous glisser au passage qu’en Espagne, la paella est cramée et qu’au Portugal cela sent la morue faisandée MAIS tout va très bien madame la marquise, et l’euro est sauvé (j’adore le titre de ce film, un navet bruxellois mais c’est un autre sujet).
L’endettement italien explose encore un peu plus et il n’était pas brillant. Les déficits ? Itou. La croissance ? Y’a pas. Le chômage ? Tout plein ! Les licenciements ? Un gros paquet de charrettes tendance wagons entiers. La chienlit économique quoi !
Je laisse donc la parole à nos amis anglais.

Traduction par mes soins

« Quelque chose de grand commence à se profiler et à changer en Italie. En effet, ce pays est sur la bonne voie pour devenir le premier grand pays à faire un défaut souverain.
De quoi l’Italie a-t-elle le plus besoin immédiatement ? D’une croissance économique décente.
Aucun pays n’incarne mieux le malaise économique européen que l’Italie. Les gens disent souvent que l’Italie ne peut pas avoir d’ennuis parce qu’elle est si riche… Et elle l’est riche, en beauté naturelle et trésors historiques, avec les villes et les merveilleux paysages, des gens adorables, la nourriture merveilleuse, le vin et d’un mode de vie attrayant.
Mais comme pays, elle ne fonctionne pas vraiment.
Certains aspects du problème ont été là depuis des siècles ; certains sont relativement nouveaux. Avant la guerre, une grande partie de l’Italie était pauvre. Pendant les années 1950 et 1960, bien que la politique italienne était chaotique et le gouvernement dysfonctionnel, l’Italie s’est industrialisée et l’économie a progressé très vite en grimpant rapidement dans les classements de PIB.
En 1979, en PIB mesuré, l’Italie a même dépassé le Royaume-Uni, un événement dont les Italiens se réjouissaient en l’appelant Il Sorpasso (« le surpassement » ou « le dépassement », comme on veut).
Les problèmes sous-jacents étaient masqués.
Bien qu’il y ait une tendance à une inflation élevée, le soulagement était toujours à portée de main sous la forme d’une livre plus faible, c’est-à-dire de dévaluations monétaires répétitives et régulières.
Et l’économie italienne a continué de croître. Mais alors que tout a commencé à aller mal, le Royaume-Uni a dépassé l’Italie de nouveau en 1995 et l’écart entre les deux économies s’est creusé depuis.
Pour voir le problème en perspective, tous les pays du G7, sauf l’Italie et le Japon, ont maintenant dépassé le niveau du PIB dont ils jouissaient avant la Grande Récession qui a démarré en 2007 avec la crise des subprimes. Le Canada est 9 % au-dessus du niveau de 2008, alors que le PIB italien est encore 9 % en dessous. De plus, l’économie continue à se contracter.
Ce n’est pas une nouveauté. Depuis que l’euro a été créé en 1999, le taux de croissance annuel moyen de l’économie italienne n’a été que de 0,3 %. Autant dire rien du tout ! Croissance 0 en Italie depuis maintenant 15 ans !!
Certes, tout n’est pas la faute à l’euro. Il y a un besoin urgent de réforme et le système politique semble toujours aussi incapable de fournir ce qui est nécessaire. Avec les délocalisations et la mondialisation, l’Italie a été l’un des premiers malades de la montée de la concurrence des pays émergents.
Alors que l’Allemagne produit du haut de gamme, l’Italie était dans le moyen de gamme, que la Chine et d’autres ont réussi à produire à moindre coût très rapidement (même problème pour l’industrie française qui a toujours été moyen de gamme).
L’euro n’a certainement pas aidé parce que, dès le début, les coûts italiens ont continué à augmenter plus vite que ce qu’ils ont fait en Allemagne et d’autres pays clés. Cette fois, cependant, il n’y avait plus pour l’Italie la possibilité d’agir sur les taux de changes et les dévaluations pour retrouver de la compétitivité. Personne ne s’est occupé de ce sujet central et les coûts ainsi que les prix italiens ont été laissés en plan.
Certes, le taux d’inflation a fortement baissé. En effet, il est maintenant légèrement négatif. Cela n’est guère surprenant étant donné que le taux de chômage tourne à 12,6 %. Contrairement à d’autres membres périphériques de la zone euro, l’Italie n’a pas fait grand-chose pour réduire son écart de compétitivité.
Alors l’Italie finira sans doute par faire comme la Grèce ou l’Espagne ou encore l’Irlande. Elle baissera les salaires et donc ses coûts de production et cela finira par rendre les produits italiens plus concurrentiels mais aggravera un autre grand problème de l’Italie : la dette.
Bien qu’officiellement à 3 % (attention, le gouvernement italien a quelques milliards régulièrement d’arriérés de paiement à ses fournisseurs qu’il ne comptabilise pas dans le déficit), le déficit du gouvernement n’est pas particulièrement élevé, le vrai problème financier est lié à l’encours de la dette, accumulé à la suite d’une longue série de déficits. Il est frappant d’ailleurs de constater qu’au cours de la récente période d’austérité, le ratio de la dette sur PIB a augmenté. Il est aujourd’hui de plus de 130 % du PIB.
Si l’économie stagne et que les prix chutent, alors le PIB nominal va diminuer lui aussi et mécaniquement, cela va provoquer une très nette dégradation du ratio de dette/PIB même si le budget est en équilibre (c’est d’ailleurs exactement ce phénomène qui explique que l’endettement de la Grèce continue à augmenter alors que ce pays a bénéficié de plusieurs énormes plans d’aide).
L’Italie est très proche de la situation que les économistes appellent « le piège de la dette », c’est-à-dire lorsque le ratio de la dette augmente de façon exponentielle.
La seule issue possible est soit par l’inflation, soit par le défaut.
L’Italie ne peut pas s’en sortir par l’inflation puisqu’elle n’a pas sa propre monnaie. Donc, à moins que quelque chose ne commence à changer très bientôt, l’Italie est sur la bonne voie pour un défaut souverain d’anthologie.
Vous entendez souvent le point de vue que la crise de la dette publique en Italie est impossible parce que les Italiens ont un taux d’épargne personnelle très élevé et que par conséquent, il y aura toujours des fonds pour acheter de la dette.
Cela signifie que la dette italienne est principalement due aux Italiens eux-mêmes.
C’est en grande partie vrai. Mais il peut toujours y avoir une crise budgétaire. Tout simplement parce que si les Italiens ont des économies, cela ne signifie pas pour autant qu’ils vont volontiers verser cet argent à l’État, en particulier lorsque la non-viabilité des finances publiques implique qu’à un certain stade, il y aura un défaut.
Comme nous l’avons vu, la dette grecque a pu être « restructurée » sans agiter le système financier parce que la Grèce est marginale dans le système financier mondial. Mais l’Italie n’est pas la Grèce. Le marché italien des obligations d’État est le troisième plus grand au monde, après les États-Unis et le Japon. Quelqu’un quelque part est assis sur d’énormes stocks de dette italienne – pour la plupart des banques italiennes. Ainsi, une crise de la dette italienne se transformera inévitablement en une crise bancaire.
(Notez par ailleurs que les banques françaises et allemandes sont bardées d’obligations italiennes…)
Alors vous direz que pour le moment, il n’y a aucun problème. Les marchés sont heureux de prêter au gouvernement italien à 10 ans à 2,4 %, soit juste un petit 1,3 % au-dessus de l’équivalent allemand.
Rappelez-vous, avant que la crise ne frappe, c’est exactement ce que les marchés font généralement. Leur spécialité est de passer de l’insouciance à la panique en un tournemain.
Comment l’Italie pourrait-elle échapper à tout cela ?
Les problèmes profondément enracinés ne vont pas s’améliorer du jour au lendemain.
Le pays a besoin d’une réforme fondamentale de son système politique, de ses tribunaux, de son système fiscal et la législation sur le travail. Même si tout cela était réalisé, l’Italie resterait toujours embourbée dans une dette publique colossale.
Comme le reste de la zone euro, ce dont l’Italie a le plus besoin immédiatement, c’est d’une croissance économique décente.
Peut-être qu’à l’échelle européenne, la reprise sera atteinte grâce à une combinaison d’audace de la BCE et de détente budgétaire allemande, mais mieux ne voudrait pas trop compter là-dessus.
L’option radicale pour l’Italie serait de quitter l’euro et de permettre, grâce à une monnaie faible, de générer un boom des exportations, une hausse de l’inflation, plus d’impôts et une charge de la dette plus supportable. »
Eh bien voilà… pendant que tout le monde roupille encore y compris notre gouvernement, il faut que nos deux Manu (le Macron et le Valls) sachent qu’une nouvelle crise de la zone euro est en gestation. Pour le moment, le feu couve et c’est une évidence. La question est quand est-ce que les flammes apparaîtront aux yeux de tous ?
Charles SANNAT

« L’euro, une catastrophe »

Blog New York Times, 21 août 2014
Paul Krugman
Matt O’Brien fait remarquer que l’Europe va plus mal aujourd’hui que pendant la Grande Dépression. Pendant ce temps François Hollande – dont la pusillanimité et l’empressement à adopter une politique d’austérité voue à l’échec son quinquennat et même peut-être le projet européen dans son ensemble – déclare avec hésitation qu’en fin de compte davantage d’austérité n’est pas une bonne solution.
Simon Wren-Lewis pense que le choix européen de l’austérité était un événement contingent ; grosso modo la crise grecque a renforcé le camp des partisans de l’austérité à un moment critique. Je ne pense pas que l’explication soit si simple ; d’après moi, il y avait une atmosphère profondément anti-keynésienne en Europe bien avant la crise grecque, et la macro-économie, telle qu’est elle pratiquée par les économistes anglo-saxons, n’a jamais réellement eu de partisans au sein des allées du pouvoir en Europe.
Quelle qu’en soit l’explication nous sommes maintenant, comme le dit O’Brien, face à une des plus grandes catastrophes de l’histoire économique.

« Pire que les années 30 : la récession européenne est bel et bien une vraie dépression économique »

Blog Washington Post, Wonkblog, 20 août 2014
Matt O’Brien
http://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2014/09/graph_oBrien_t2-300x242.jpg
La Plus Grande Dépression Européenne
Ordonnée : évolution du PIB, niveau 100 au début de la crise
Abscisse : nombres d’années depuis le début de la crise
Légende : en gris, Bloc Sterling (1929-38), en rouge, Japon (1992-2001), en jaune, Bloc Or (1929-38), en noir, zone Euro (2007-14)
Sources : Maddison Project, Eurostat
Comme je l’expliquais la semaine dernière il est temps d’appeler les choses par leur nom et de définir la zone euro en termes clairs : une des pires catastrophes de l’histoire économique.
Il y a eu quantités de catastrophes ces dernières années. Je ne parle pas simplement de la Grande Récession, mais aussi de la manière dont nous nous sommes efforcés de remonter la pente depuis cet événement. Les Etats-Unis ont connu leur plus faible reprise économique depuis la Seconde Guerre Mondiale. La Grande-Bretagne a connu sa plus faible reprise de tous les temps. Mais après six ans et demi l’Europe se distingue en n’ayant quasiment pas connu de reprise du tout. Et comme vous pouvez le voir dans le graphique ci-dessus, le résultat est en passe de devenir plus grave que lors de la pire période des années 30.
J’ai extrait le graphique ci-dessus d’un texte de Nicholas Crafts, et j’ai un peu prolongé la période pour placer la dépression économique européenne dans une perspective encore plus déprimante. Le PIB européen n’est pas encore revenu à son niveau de 2007 et manifestement il n’y reviendra pas dans un avenir proche. En effet alors que l’on n’était même pas certain que la dernière récession était terminée, on s’est aperçu que le PIB de la zone euro avait de nouveau cessé de croître lors du deuxième trimestre. Et même l’Allemagne s’en sort mal : son PIB a chuté de 0,2 % par rapport au dernier trimestre.
Ce désastre est la conséquence d’une politique économique. Trop d’austérité fiscale et trop peu de stimulation monétaire ont handicapé la croissance comme quasiment jamais auparavant. L’Europe fait pire que le Japon pendant sa « décennie perdue », pire que le Bloc Sterling pendant la Grande Dépression, et à peine mieux que le Bloc Or de l’époque – mais cet aspect positif est bien fragile, car, au train où vont les choses, d’ici un an la zone euro fera pire que le Bloc Or.
Comment se fait-il que l’Europe donne l’illusion que la Grande Dépression représentait le bon vieux temps de la croissance ? Tout simplement en ignorant tout ce que nous avons appris de cette Grande Dépression.
A l’époque, il y eu deux catégories de pays : ceux qui quittèrent l’étalon-or, et ceux qui furent sur le point de le quitter. Mais ils restèrent longtemps « sur le point » de quitter l’étalon-or. Car les gouvernements étaient sentimentalement attachés à l’or même si, comme Barry Eichengreen l’a montré, renoncer à l’étalon-or permettait de retrouver le chemin de la croissance. Les gouvernements assimilaient tout simplement l’étalon-or à la civilisation, ils étaient donc prêts à sacrifier leurs économies sur l’autel de la civilisation. Ce qu’ils firent effectivement. Même si, in extremis, il y eut des limites.
Par exemple la Grande-Bretagne refusa de remonter ses taux d’intérêt pour défendre l’étalon-or en 1931 car le chômage atteignait déjà 20%. Elle préféra dévaluer sa monnaie, et les autres pays du Bloc Sterling – la Suède, la Finlande, le Danemark, le Portugal et le Canada – suivirent son exemple (politique très positive). L’ironie de l’affaire, bien entendu, est que cette faiblesse les rendit plus forts. L’abandon de l’étalon-or leur permit de pratiquer une politique de stimulation budgétaire et monétaire qui fit rapidement redémarrer l’économie.
Il y eut aussi les jusqu’au-boutistes. Les pays qui possédaient de grandes réserves d’or, comme la France, avaient la possibilité de conserver l’étalon-or s’ils le souhaitaient, ce qu’ils firent. Ils alignèrent les budgets d’austérité les uns après les autres comme des offrandes au Dieu tout puissant de l’or et ils en payèrent le prix économique. Ils ne connurent jamais de crash économique comme les Etats-Unis, mais ne connurent jamais non plus de reprise. Le cercle vicieux des baisses de prix, de la hausse du chômage et de l’austérité budgétaire croissante les confina dans un déclin sans fin. Jusqu’à ce que la France et les autres pays du Bloc Or, qui à son apogée comprenait la Belgique, la Pologne, l’Italie, les Pays-Bas et la Suisse, abandonnèrent en octobre 1936 leurs illusions dignes de celles du roi Midas. Une reprise économique s’ensuivit.
Comme je l’ai déjà dit, l’euro n’est rien d’autre qu’un étalon-or paré d’une autorité morale. Et c’est cette question morale qui est au cœur du problème. Les Européens ne pensent pas que l’euro représente la civilisation, mais plutôt la défense de celle-ci. C’est un monument de papier dédié à la paix et à la prospérité qui a rendu cette dernière impossible. Les eurocrates qui ont voué leurs vies à le construire ne le détruiront jamais alors même que ses défauts de construction rendent une reprise économique impossible.
Tout comme durant les années 30, l’Europe est coincée dans un système de taux de changes fixes qi ne lui permet pas d’imprimer et de dépenser sa monnaie, ou bien de la dévaluer. Mais contrairement à ce qui s’était passé à l’époque, l’Europe pourrait ne jamais sortir de ce système. C’est une fidélité à une politique désastreuse que même les partisans du Bloc Or n’auraient pu imaginer. Le dernier espoir de l’Europe étant la BCE, cela signifie que l’Europe est probablement condamnée.
Pour être honnête, la BCE sous la direction de Draghi a fait tout ce qu’elle a pu dans le cadre des contraintes légales et politiques qui lui sont imposées. Mais on ne juge pas le chômage sur un graphique. Et ces contraintes ne sont pas sur le point de disparaître, pas suffisamment en tout cas, pour éviter une ou deux décennies perdues. La BCE va probablement continuer à faire le strict minimum : un peu d’assouplissement quantitatif à contrecœur qui cessera dès que l’Allemagne sera engagée sur la voie de la reprise économique.
Ils ont fait un désert et l’ont baptisé « zone euro ».
Matt O’Brien est l’auteur du Wonkblog (ndt : littéralement, le « blog de l’intello») qui traite de politique économique. Il était auparavant rédacteur en chef associé au magazine The Atlantic.

« La France prend acte de sa faiblesse économique et accuse les politiques d’austérité »

The New York Times, 20 août 2014
Liz Alderman
http://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2014/09/image_oBrien_t3-300x200.jpg
Un marché à Toulouse. Le président François Hollande a annoncé de nouvelles mesures de stimulation de la croissance économique.
Crédit Balint Porneczi/Bloomberg News, via Getty Images
Alors que l’Europe est confrontée à la possibilité d’une troisième récession en cinq ans, la France apparaît aujourd’hui de plus en plus comme le maillon faible des 18 pays de la zone euro.
Après avoir souligné pendant des mois qu’une sortie de la longue crise de la dette était à portée de main, François Hollande a fait mercredi dernier une déclaration bien plus pessimiste. Il a déclaré que les politiques d’austérité que la France a été contrainte d’adopter pour satisfaire les objectifs de réduction des déficits de la zone euro rendaient le retour à la croissance impossible.
Les responsables français expliquent que la France – deuxième économie de la zone euro derrière l’Allemagne – ne va plus essayer d’atteindre cette année les objectifs de réduction des déficits pour éviter d’aggraver la situation économique. Ils ont annoncé que même en abandonnant ces objectifs il était peu probable que la France sorte prochainement de la longue période de stagnation qu’elle connaît ou qu’elle réduise rapidement son taux de chômage, supérieur à 10 %.
“Le diagnostic est clair” a déclaré François Hollande dans une interview publiée mercredi dans le journal « Le Monde”. « Les politiques d’austérité de ces dernières années ont créé un problème de demande dans toute l’Europe et produit un taux de croissance qui ne permet pas de réduire le chômage ».
C’est le désaveu français publique le plus franc de la politique d’austérité que l’Allemagne a longtemps infligée aux pays de la zone euro – politique qui peut faire échouer la reprise dans la zone euro selon des déclarations récentes de la chancelière allemande elle-même, Angela Merkel.
François Hollande a réuni ses ministres à l’Elysée mercredi et annoncé de nouvelles mesures de stimulation de la croissance économique – mesures qui suivent toute une série de mesures similaires mises en place depuis le mois de janvier. Elles comprennent des baisses d’impôts pour les contribuables les plus modestes et des dispositions pour relancer le secteur moribond de la construction immobilière, secteur qui est à son plus bas niveau depuis 15 ans.
« Nous devons faire davantage et agir plus rapidement » a déclaré François Hollande dans son interview au « Monde ». « Je veux accélérer les réformes pour donner un coup de fouet à la croissance le plus rapidement possible ».
Il s’exprimait après avoir pris connaissance d’indicateurs qui montrent que la zone euro dans son ensemble trébuche à nouveau, contrastant avec la forte reprise aux Etats-Unis. Les responsables de la politique monétaire mondiale, réunis cette semaine à la conférence annuelle de la Federal Reserve à Jackson Hole, dans le Wyoming, vont analyser les voies divergentes suivies par les Etats-Unis et l’Europe, et les conséquences qu’elles vont avoir pour l’économie mondiale.
Moins d’une année après sa deuxième récession depuis la crise financière de 2008, les pays de la zone euro n’ont pas enregistré de croissance d’avril à juin d’après les statistiques officielles de l’Union Européenne. Même en Allemagne, qui il y a quelques mois seulement semblait donner le signal de départ d’une reprise économique dans la zone euro, le PIB s’est contracté de 0,2 % lors du deuxième trimestre après une longue année de croissance.
Les économistes se demandent si la croissance forte des années antérieures à 2008 reviendra un jour – ou bien si un nouveau paradigme, connu sous le nom de « stagnation séculaire », ne s’est pas mis en place, empêchant toute reprise économique forte de la croissance et de l’emploi. « Il est trop tôt pour affirmer qu’une stagnation séculaire va se mettre en place” écrit Nicholas Craft, professeur d’économie et d’histoire économique à l’Université de Warwick, dans un article publié récemment par le « Centre for Economic Policy Research » à Londres. « Mais il est évident que les Européens devraient craindre cette stagnation bien davantage que les Américains. Les effets dépressifs d’une croissance plus faible du potentiel de productivité vont se faire sentir plus profondément en Europe ».
Comme beaucoup de pays de la zone euro, la France a été contrainte après la crise financière de mettre en place des mesures d’austérité pour réduire sa dette et son niveau de déficit, dans une période où les marchés financiers imposaient des taux d’intérêt élevés aux pays qui semblaient vivre au-dessus de leurs moyens.
L’année dernière, François Hollande a annoncé des hausses d’impôts et 50 milliards d’euros (66 milliards de dollars) de baisse de la dépense publique, étalées jusqu’en 2017, ce qui a ralenti l’économie. Et en se fixant comme objectif de déficit budgétaire annuel 3 % du PIB, niveau requis pour les pays de la zone euro, il s’est aussi engagé à réduire le déficit de la France à 3,8 % en 2014, contre 4,3 % en 2013.
Les taux d’intérêt français ont dégringolé à des niveaux historiquement bas depuis le début de la crise. Mais les entreprises et l’industrie françaises ont eu du mal à retrouver leur niveau d’activité d’avant la crise, rendant plus ardue la tâche du gouvernement de trouver des recettes fiscales pour réduire le déficit. Espérant compenser le ralentissement économique, François Hollande a annoncé en janvier de nouvelles baisses d’impôts pour les entreprises afin de les inciter à embaucher.
Mais la semaine dernière le ministre de l’Economie, Michel Sapin, a prévenu que la croissance serait si faible que le gouvernement n’allait même plus essayer de tenir son objectif de déficit. Il a déclaré que la croissance française serait de 0,5 % seulement cette année, c’est-à-dire moitié moins que prévu, et aurait du mal à atteindre à atteindre 1 % l’année prochaine. D’autres économies dévastées, dont la Grèce et l’Espagne, ont souffert alors qu’elles ont taillé dans les dépenses et augmenté les impôts en période de récession pour respecter les critères de déficit prévus par l’Union Européenne.
L’annonce de François Hollande mercredi dernier contrastait fortement avec les discours qu’il tenait il y a encore quelques mois, dans lesquels il insistait sur le fait que la reprise économique était à portée de main. Malmené par des sondages négatifs record, le Parti Socialiste a aussi essuyé une défaite cuisante lors des élections européennes de juin dernier.
Les électeurs déçus par sa politique économique se sont tourné vers le Front National et l’UMP, le parti de droite de l’ancien président Nicolas Sarkozy, parti qui a été secoué par de nombreux scandales. Mercredi dernier Alain Juppé, un ancien Premier Ministre au plus haut dans les sondages, a annoncé qu’il se présenterait aux élections pour la présidence de l’UMP.
Cela va constituer pour François Hollande une nouvelle épreuve difficile alors qu’il s’expose déjà à un retour de manivelle de la part membres de l’aile gauche du Parti Socialiste qui répugnent à mettre en place toute nouvelle mesure d’austérité qui pourrait contrarier les électeurs.
Mercredi dernier, François Hollande a demandé aux dirigeants de l’Union Européenne de faire de la croissance leur priorité, expliquant qu’augmenter les impôts tout en réduisant les dépenses en période de récession s’est avéré désastreux pour relancer l’économie européenne.
Mais certains ont analysé sa déclaration comme un simple stratagème de relations publiques.
« Même s’ils appliquent quantités de mesures douloureuses, ils vont devoir expliquer aux Français pourquoi l’économie ne va pas bien et même se dégrade davantage », souligne Famke Krumbüller, un analyste spécialiste de l’économie européenne au Groupe Eurasia à Londres.
Le résultat, dit M. Krumbmüller, c’est que François Hollande essaye faire porter le chapeau à l’Europe, plutôt que d’essayer de s’attaquer à des réformes autrement plus difficiles comme la rigidité du marché du travail en France, dont les employeurs disent qu’elle freine les embauches et l’investissement.
« Le message est que nous avons fait notre job, maintenant c’est au tour de l’Europe de faire le sien, à savoir favoriser la croissance », explique M. Krumbmüller. «En substance, ce discours signifie que nous avons fait tout ce que nous pouvions vu les circonstances actuelles, et que nous n’en ferons pas davantage »

L’intégrisme de l’équilibre budgétaire

Social-Europe, lundi 18 août 2014
Simon Wren-Lewis
Les européens, et plus particulièrement les élites européennes, regardent avec amusement et inquiétude les attitudes populaires sur la science aux Etats-Unis. En Europe il n’y a pas réulièrement des tentatives pour remplacer dans les manuels scolaires la théorie de l’évolution par celle du « dessein intelligent ». Le déni du changement climatique ne rencontre pas d’écho dans les mouvements politiques majoritaires en Europe comme aux Etats-Unis (à l’exception peut-être de la Grande-Bretagne). Pourtant l’Europe, et plus spécialement ses élites politiques, semble paralysée par un credo tout aussi peu rationnel et beaucoup plus dangereux dans l’immédiat. Ce credo est que la politique budgétaire devrait être durcie en période de trappe monétaire.
La reprise économique est aujourd’hui forte en Grande-Bretagne, mais cela ne doit pas masquer le fait que c’est la reprise d’après-récession la plus faible depuis des siècles. La politique d’austérité n’en est peut-être pas le principal facteur, mais elle a certainement joué son rôle. Pourtant le gouvernement qui a initié cette politique d’austérité, au lieu d’essayer de masquer cette erreur, est sur le point de la commettre de nouveau. Que le gouvernement ait réellement l’intention d’agir ainsi, ou bien que cela ne soit qu’un stratagème pour l’aider à gagner les prochaines élections, signifie dans les deux cas de figure que la réalité n’a pas émoussé sa foi dans cette doctrine.
L’Europe a souffert d’une deuxième récession à cause de la combinaison de politiques d’austérité budgétaire et de politiques monétaires inadaptées. Pourtant les responsables de la politique monétaire, plutôt que de prendre des mesures sérieuses pour résoudre le problème d’un PIB en berne et d’une inflation à peine supérieure à zéro dans la zone euro, ont décidé de rester les bras croisés et de continuer à vanter les mérites des politiques d’austérité. (Chère BCE, vous adorez les réformes structurelles. Au vu de vos résultats, il serait peut-être temps de d’appliquer ces réformes à vous-mêmes). Dans les grandes économies comme la France ou les Pays-Bas, l’absence de croissance rend inatteignables les objectifs de réduction des déficits, et la réglementation budgétaire médiévale de la zone euro requiert alors d’accentuer les politiques d’austérité. Comme le faisait remarquer Wolfgang Munchau, éditorialiste au Financial Times (le 15 août dernier), les journaux allemands se préoccupent davantage des déficits français que d’une possible déflation.
Il y a maintenant un consensus quasiment universel parmi les économistes pour dire qu’un resserrement de la politique budgétaire tend à réduire significativement la production économique et à augmenter le chômage lorsque les taux d’intérêt sont à leur plus bas niveau : le débat se réduit à savoir dans quelles proportions cela se produit. Quelques personnes affirment que la politique monétaire à elle seule pourrait encore retourner la situation bien que les taux d’intérêt soient au plus bas, mais la possibilité que la BCE suive leurs conseils est égale à zéro.
Paul de Grauwe l’explique de manière fort éloquente :
« Les responsables politiques européens font tout ce qui en leur pouvoir pour tuer dans l’œuf la reprise économique, ils ne devraient donc pas être surpris par l’absence de reprise. C’est l’intégrisme de l’équilibre budgétaire, et cet intégrisme est devenu parole d’évangile ».
On enseigne encore les théories keynésiennes en Europe, ce n’est donc pas comme si cette science n’était pas diffusée. Je trouve qu’il n’y a pas tellement de différence entre les raisonnements des économistes novices ou un peu plus expérimentés de la BCE et de la Commission Européenne par rapport à ceux du FMI, exception faite d’une connaissance plus aigüe des réalités politiques. Je pense que le problème est le même que celui qui existe aux Etats-Unis, mais à un degré différent.
Une erreur fréquemment commise par les universitaires consiste à croire que des théories allant de soi dans leurs milieux vont se diffuser dans le débat politique, alors même que ces théories comportent un fort élément idéologique ou bien quand des intérêts financiers significatifs d’un groupe donné sont en jeu. En fait il y a une communauté de conseillers politiques qui s’interpose entre les experts et les hommes politiques, et bien que certains dans cette communauté de conseillers soient réellement soucieux de la réalité, d’autres sont plus en phase avec une certaine vision idéologique, ou avec des intérêts financiers, ou bien encore avec ce qui est bien accueilli par une partie de l’opinion publique. Certains membres de cette communauté sont même parfois des économistes, mais des économistes qui, s’ils ont jamais maîtrisé la macroéconomie, semblent très heureux d’avoir oublié tout ce qu’ils savaient.
Alors pourquoi « l’intégrisme de l’équilibre budgétaire » semble-t-il plus prévalent en Europe qu’aux Etats-Unis ? Je ne pense pas qu’il y ait une différence entre les deux continents au niveau de ce qui est enseigné dans les cours de macroéconomie. Certains pointeront du doigt la prégnance de l’ordo-libéralisme en Allemagne mais ce n’est pas très différent de la prégnance du néo-libéralisme au sein de la communauté des conseillers politiques aux Etats-Unis. Peut-être faut-il voir la plus grande capacité des universitaires américains (et de l’un d’eux en particulier) de passer outre le barrage de la communauté des conseillers politiques en utilisant les médias, les traditionnels comme les plus modernes. Cependant je pense qu’un facteur très important est simplement l’expérience récente.
Les Etats-Unis n’ont jamais connu de crise de financement de leur dette. Les « garde-fous » que constituent les marchés obligataires ne se sont jamais manifestés. En revanche ils l’ont fait dans la zone euro et cela a laissé des cicatrices durables sur les responsables politiques européens, cicatrices dont joue la communauté des conseillers politiques et qui rend impuissants tous ceux qui s’opposent à des politiques d’austérité. Je n’écris pas cela pour absoudre les motivations des intégristes de l’équilibre budgétaire mais plus simplement pour expliquer que cela rend plus difficile de faire accepter en Europe la science économique et ses évidences. La différence entre l’intégrisme qui nie la théorie de l’évolution des espèces et l’intégrisme qui nie les principes de macroéconomie est que ce dernier fait des dégâts ici et maintenant.
Simon Wren-Lewis est un professeur d’économie à l’Université d’Oxford et chargé de recherches au Collège Merton d’Oxford.
Ce blog est écrit tant pour les économistes que pour le grand public.

Et pour finir

 [La Démocratie en marche] Le Président de la République tchèque : « Nous voulons adhérer à l’euro même si les Tchèques y sont hostiles »

Énorme… Tout est dans le titre…
Ce qui est intéressant, c’est qu’il ne dit pas que des âneries – on voit juste son fanatisme européen surgir brutalement à propos de l’euro.
Le pire est, je le rappelle,  que vous ne trouverez pas 3 prix Nobel d’économie pour dire que ce serait une très bonne idée que la République tchèque rejoigne l’euro…
Bref, le fanatisme quasi-religieux reprend le dessus sur l’expertise…
http://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2014/09/tcheque-1.jpg

Etes-vous d’accord avec les sanctions contre la Russie ?

Milos Zeman : Il y a eu quarante ans de sanctions contre Castro et il est toujours là ! Il vaut bien mieux infléchir une politique par l’infiltration ou la division idéologique en échangeant des habitants, des entrepreneurs, des touristes. La Russie se sent comme une forteresse assiégée et Poutine a une popularité de 90 % ! Non, je crois davantage au cessez-le -feu, en espérant qu’il y aura un contrôle international. Je suis aussi favorable aux exercices de l’Otan en Ukraine, c’est dissuasif. Il est complètement irrationnel de penser que Vladimir Poutine veut l’Ukraine de l’Est où l’ industrie est en déliquescence. Nous exagérons les risques avec l’Ukraine mais nous sous-estimons les risques avec l’Etat Islamique.

Est-ce que l’Union européenne a eu raison de proposer un accord commercial avec l’Ukraine ?

Elle n’a pas à intervenir, ni à apporter des subventions économiques qui peuvent aller tout droit dans la poche d’oligarques. J’attends les élections parlementaires d’octobre, qui vont donner un gouvernement légitime. Si Petro Porochenko a été élu démocratiquement, j’ai mes doutes pour le Premier ministre.

La nomination du Polonais Donald Tusk à la tête du Conseil européen est-elle le signe de la bonne intégration des pays d’Europe centrale dans l’Union européenne ?

Je ne le connais pas personnellement. Mais cet homme a remporté les élections législatives à deux reprises dans son pays ce qui prouve une certaine compétence politique… La Pologne est membre de l’Union depuis dix ans. L’université dure cinq ans, l’école secondaire, quatre ans. Donc, nous sommes adultes maintenant et bien intégrés à l’Union. Sauf peut être la Roumanie et la Bulgarie qui sont entrées plus récemment et n’ont pas le même héritage historique.

Que pensez-vous des tentatives de David Cameron de limiter la libre circulation des Européens venant de l’est de l’Europe ?

Je pense que cette polémique est très exagérée. La politique exige parfois qu’on doive se créer des ennemis…

Quand vous avez été élu, vous avez promis de mener une politique pro-européenne. Comment cela s’est il traduit ?

Beaucoup de choses ont changé à commencer par le fait que le drapeau européen flotte à nouveau sur le château de Prague. Il y a aussi eu un changement de gouvernement. Après la chute de celui de Petr Necas, en juin 2013 , j’ai contribué à accélérer la tenue des élections et le nouveau gouvernement est lui aussi pro-européen. Le principal objectif est désormais l’adhésion à l’euro. Franchement, la grande majorité des Tchèques est hostile à cette perspectiveC’est la peur de l’inconnu. Mais je pense qu’on a besoin de l’euro, d’une harmonisation des impôts et d’une politique budgétaire commune. Nous avons une « flat tax » de 15 % qui a été adoptée par les gouvernements précédents et je suis pour une fiscalité progressive. Il est plus sain de se faire concurrence par la productivité du travail plutôt que par le dumping fiscal.

Pourquoi n’allez-vous pas plus vite pour entrer dans l’euro ?

L’euro est soutenu par trois quarts des exportateurs du pays. Et c’est un motif d’attraction des investisseurs qui se sentiraient dans un environnement plus stable et familier. Mais il n’y a pas de rationalité là dedans. Le calendrier de l’adhésion à l’euro a été constamment reporté. Aujourd’hui, l’horizon est celui de 2020. Nous remplissons les critères de Maastricht, qu’il s’agisse de l’inflation, de la part de la dette dans le PIB et du déficit public. Restent les questions psychologiques. Les partis politiques prétendent que la maîtrise de la monnaie nationale permet de mieux gérer le taux de change. Et la banque centrale qui a peur de perdre ses compétences est du côté des eurosceptiquesChez nous les banques se portent bien. Elles ont eu avant la crise un comportement beaucoup plus conservateur que celles installées dans le sud de l’Europe.
Bon tout est là :
1/ on a ENFIN un gouvernement dans la vraie foi apostolique et bruxelloise ;
2/ DONC il faut l’euro ;
3/ la preuve, les exportateurs sont pour. Exportateur = chef d’entreprise, donc une référence sur les enjeux économiques et démocratiques. J’imagine qu’ils ont été également fortement instruits par de sérieux débats contradictoires de qualité dans les médias ;
4/ la plupart des citoyens sont contre ;
5/ bah oui, ce sont des pignoufs abrutis, qui ont peur “de l’inconnu”. Bien entendu, on ne relèvera pas que, ayant la télévision, ils ont vu les dégâts sur des pays comme la Grèce, et les conséquences évidentes en termes de perte de souveraineté – amis tchèques, Moscovici sera bientôt chez vous à fouiner dans vos budgets ;
6/ ils sont quand même cons les sans-dents…
7/ et en plus, même les banquiers centraux dont c’est le métier – vivement la purge…
8/ les banques vont bien, c’est l’essentiel.
3 citations en lien :
·         « À la base de toutes les doctrines totalitaires se trouve la croyance que les gouvernants sont plus sages et d’un esprit plus élevé que leurs sujets, qu’ils savent donc mieux qu’eux ce qui leur est profitable. » [Ludwig Von Mises, La Bureaucratie, 1955]
·         « La disparition du sens critique fait peser une sérieuse menace sur l’avenir de la civilisation. Elle permet aux discoureurs de mystifier le peuple. Il est à remarquer que les couches évoluées sont plus crédules que les moins évoluées. » [Ludwig Von Mises, La Bureaucratie, 1955]
·         “La manipulation des élites est encore plus facile que celle des masses.” [Jean Yanne]

Que pensez-vous du débat sur la relance économique dans la zone euro ?

Ca a été l’un des thèmes de discussion avec François Hollande. Il faut un certain équilibre. Si vous soutenez uniquement la croissance économique au dépens de la dette, vous augmentez le coût des investissements. Si vous réduisez trop la dette et menez une politique économique trop restrictive, ce n’est pas bon non plus. L’investissement est capital. En Chine, il représente 55 % du PIB, en République tchèque c’est la consommation qui représente 70% du PIB. Le danger est que, pour les politiques, c’est facile de réduire les dépenses d’investissement qui n’ont pas le droit de vote et peuvent attendre. C’est le cas en Tchéquie.

Quelle est votre vision pour la Tchéquie?

Mon modèle est le modèle scandinave avec des impôts élevés et progressifs et des investissements importants dans la population, l’éducation, la santé. Mais ce sont des investissements de long terme, pas toujours faciles à faire pour des politiciens. Il faut également investir dans les logements : nous avons beaucoup de résidences, mais de mauvaise qualité, il faut les améliorer. Enfin, nous devons mettre de l’argent dans la distribution d’énergie et l’internet haut débit.
Source : Les Échos, 11/09/2014

Vous avez deux vaches ...